
L’association aéronautique creusoise expulsée économiquement.
L’information a été diffusée sur France 3 Nouvelle Aquitaine avec l’annonce d’un « avis de tempête sur l’aérodrome de Montluçon Gueret ». Il s’agit de fortes tensions entre l’Association aéronautique creusoise (AAC), présidée par Béatrice de Reynal et implantée sur le terrain depuis plus de 35 ans, et le gestionnaire du site depuis le 1er avril 2024 avec une Délégation de service publique (DSP) portant sur la période 2024-2031, Gemilis Aero, société créée et gérée par Gérald Thévenon.
Gemilis LFBK, « filiale » au capital de 500,00 € de Gemilis Aero remet en question le droit d’occupation du site et demande à l’AAC d’évacuer ses locaux en vue d’y faire des travaux. Faute d’une réunion d’information des usagers l’an passé, l’association – un DTO avion et planeur/motoplaneur agréé par la DSAC sous couvert de bénéficier d’installations adéquates pour assurer les différentes formations, réglementation EASA oblige – avait entendu parler par le passé de travaux mais annoncés oralement comme repoussés à 2027.
Mais c’est par un mail du 23 février que le patron de Gemilis Aero demande à l’AAC de « bien vouloir organiser le retrait de l’ensemble du matériel appartenant à l’AAC présent dans les locaux. Afin de permettre le démarrage du chantier dans de bonnes conditions et d’éviter tout risque de détérioration ou de perte, l’intégralité des équipements, mobiliers, archives ou tout autre matériel identifié comme propriété de l’AAC devrait avoir été retirée au plus tard le 15 mars 2026 » (le texte est en gras et souligné…).
Ainsi, avec des travaux parachutés subitement et avec un préavis de 3 semaines, le club est à la rue, étant expulsé de son club-house où l’association gère toute son activité : salle de cours et de briefing, simulateur de vol, batteries des planeurs, documentation des aéronefs (carnets de route, navigabilité, etc.) sans parler de l’organisation régulière de championnats vélivoles nationaux ou internationaux. Sur France 3, le gestionnaire du site assure avoir « proposé une solution de repli » après avoir demandé à l’AAV de déplacer le matériel entreposé, étant prêt à « contractualiser un accord » mais ceci ne prévoit pas l’utilisation de ce club-house dont le contrat a été passé entre l’association et le syndicat mixte et ce jusqu’en juillet 2026.

Le syndicat mixte comprend les copropriétaires à savoir notamment la communauté de commune de Montluçon et le département de l’Allier mais aussi la ville de Guéret et le département de la Creuse car le terrain est à cheval sur deux départements… Mais il semble que Gemilis Aero se soit placé en seul décisionnaire malgré les règles habituellement inscrites dans la Délégation de service publique (DSP) qui n’a pas été rendue publique. On notera que la société gère aussi les aérodromes de Bourg-en-Bresse (depuis 2010), Albertville (depuis 2021) tout en assurant une mission d’assistance à l’exploitation de l’aérodrome de Jonzac jusqu’à fin 2026.
Dans le reportage diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine, le patron de Gemilis Aero précise que pour Montluçon-Guéret « il n’a jamais été question d’expulser qui que ce soit. Il a simplement été question de remettre dans des conditions normales d’exploitation d’un domaine public, des usagers qui bénéficient quand même d’un aérodrome avec des pistes, avec des agents de navigation aérienne (Ndlr : quand ils sont présents ce qui n’a pas toujours été le cas), avec des pompiers, avec du service public et tout ça financé par la collectivité » précise-t-il.
Pour aller plus loin dans ce domaine, il faut aussi préciser que Gemilis Aero a perçu en 2024 pour Montluçon-Guéret des subventions à hauteur de 160.000 €, étant par ailleurs bénéficiaire sur les subventions reçues, et sans doute plus en 2025.
Quand au site internet de Gemilis Aero, il mentionne pour Montluçon-Guéret que « la communauté locale et les utilisateurs de l’aérodrome attendent avec impatience les innovations que Gemilis Aero apportera pour le développement et la croissance de cette infrastructure clé » car s’il semble qu’un bâtiment accolé a club-house actuel de l’AAC soit programmé, avec un étage et des chambres, rien n’a été diffusé sur son usage, à moins que cela soit pour une activité Hélicoptères évoquée oralement avant d’être « atténuée » face aux réactions de la population locale – L’aérodrome est déjà une base secondaire ATO de SAF International. Quant aux hangars, sur les quatre, l’un est vide, un autre accueille deux ou trois avions privés dans un volume pouvant en accueillir plus du triple.

Côté AAC, on refuse la nouvelle convention proposée car l’association a fait ses calculs. Depuis l’arrivée de Gemilis début 2024 et l’année 2026, c’est une augmentation de 83% des tarifs qui est constatée. À consulter les tarifs affichés pour 2026, on trouve au passage quelques particularités qui interrogent sur la légalité de la chose, en sachant que l’aérodrome est ouvert à la CAP. On note ainsi que l’espace aérien peut être privatisé à raison de 1.155,00 € de l’heure ou 3.570,00 € la journée (9/17h00 pour l’utilisation de zones Drones). La location de la piste est proposée à 1.113,00 € de l’heure et sa fermeture de 1 à 24h00 au tarif de 1.491,00 €. Tous les tarifs mentionnés sont TTC.
On a aussi du mal à comprendre le droit de piste « usagers extérieurs » à 1.890,00 € l’année calendaire (tout semestre en cours est dû !) pour… 1 aéronef ou encore la mise à disposition du domaine parking public pour 1,94 € du m2 par jour à ne pas confondre avec la mise à disposition domaine parking aéronautique et hangar à 3,23 € par m2 par jour. On n’imagine pas un instant que l’AAC soit facturée dès la sortie de ses planeurs devant son hangar – en notant que planeurs et avions de servitudes sont exemptés sur les terrains de redevances d’atterrissage – car ce serait une première à faire remonter à la DSAC.
Ce lundi, l’association est censée avoir vidé les lieux. Rien n’est moins sûr ! ♦♦♦