
Attention aux trajectoires passant derrière un A400M à considérer comme un « Heavy »
Le déclenchement de cet article ? Un Rex fédéral d’octobre 2025 intitulé « Identification tardive d’une patrouille de deux A400M ». Nous sommes dans le secteur de Toulouse et l’équipage d’un DR-400 en instruction est de retour vers son terrain. Le Robin est en descente vers 2.500 ft quand il croise deux A400M Atlas aperçus tardivement, appareils en formation,
en route opposée. Les deux avions de transport ont vu le monomoteur, ont allumé leurs phares et l’ont évité. Le Rex précise qu’il aurait été bénéfique que Toulouse Info soit disponible » mais l SIV était fermé, ce qui est régulièrement le cas… L’équipage du DR400
n’a donc pas pu bénéficier de l’information de vol.
L’instructeur a rapporté qu’il « s’est de suite demandé s’ils étaient dans les zones RTBA et si elles étaient actives » – alors que cela avait été bien vérifié avant le vol. Il a de suite pris contact avec la tour du terrain de destination pour demander confirmation que les zones RTBA étaient bien inactives. Les conditions météorologiques étaient très bonnes, la patrouille d’A400M volait bas lors de l’évènement.
Quatre turbines de 11.000 ch
Passer dans le sillage d’un A400M n’est pas anodin, avec le sillage généré entre autres par les quatre turbines de 11.000 ch avec des hélices à 8 pales tournant en sens opposé sur chaque voilure. Une brochure Aviation Safety Information Leaflet (ASIL) de la CAA belge le souligne sous le titre « Turbulence de sillage induite par l’A400M et les risques associés pour les avions légers en espace de classe G ». Dans l’introduction, il est rappelé que « depuis 2020, l’armée belge compte des Airbus A400M, un quadriturbopropulseur lourd utilisé pour le transport.
Cet Airbus pèse 120 tonnes (à la masse à vide) et donc produit de très importants vortex ».
D’où cette brochure pour attirer l’attention de la communauté aéronautique sur les risques associés aux turbulences de sillage de l’A400M et les conséquences sur les aéronefs légers passant à proximité.
La CAA belge et l’armée belge soulignent les risques avec des A400M, basés à Melsbroek
Air Base, dans la CTR de Bruxelles mais qui sortant de la CTR passent en espace de classe G avec un plafond à 1.500 ft AMSL, sous la TMA1 de Bruxelles. Le type est utilisé pour du transport sur longue distance mais aussi en vol tactique, avec des entraînements à basse, voire très basse, hauteur dans le secteur des Ardennes ou près de zones de parachutage comme Schaffen.
D’où la possibilité de croiser un A400M à basse hauteur, en espace de classe G. Et de préciser que la turbulence de sillage produite par l’A400M est extrêmement importante. L’impact sur un aéronef léger peut être « catastrophique », menant par exemple à « un roulis induit, une accélération négative, une variation d’altitude, la perte de contrôle ». La CAA belge et l’armée précisent que ni l’Aeronautical Information Publication (AIP) ni l’OACI n’indiquent des règles précises concernant les séparations pour cause de turbulence de sillage en espace non contrôlé de classe G.

Distance et durée de séparation
Il est rappelé que la turbulence est présente lors du décollage, durant le vol et à l’atterrissage. Pour éviter ces vortex, l’OACI recommande :
– un minimum de 6 nautiques pour tout avion léger devant suivre ou croiser la trajectoire
d’un appareil de catégorie « Heavy » tel l’A400M.
– 3 minutes de séparation pour tout avion léger devant suivre un « Heavy » au décollage
ou à l’atterrissage.
– l’utilisation du mot « Heavy » par l’équipage des A400M sur la fréquence lors du premier contact avec le contrôle aérien.
Ces distances et durée sont à prendre comme des minimas sans garantie de l’Etat !
Puisque la trajectoire des A400M n’est pas prévisible en espace de classe G, il n’y a pas de règles établies mais la CAA belge donne des « bonnes pratiques » à suivre pour améliorer
la sécurité :
– analyser les Notam,
– se renseigner sur l’activité des zones de parachutage,
– s’écarter de tout A400M en vol en espace non contrôlé,
– éviter de croiser à la même altitude (ou en dessous) et derrière un A400M,
– adapter sa position dans le plan latéral, au vent de la trajectoire, si vous êtes sur la même trajectoire.
Début 2026, l’armée de l’Air française a réceptionné son 25e A400M Atlas. La dernière Loi
de programmation militaire (LPM) évoque une flotte finale comprise entre 37 et 41 unités à l’horizon 2028-2030. Les appareils sont principalement basés sur la BA123 d’Orléans-Bricy
au sein de la 61e Escadre de transport. ♦♦♦
Illustrations © Airbus/DLR et CC/Airwolfhound
En téléchargement, l’ASIL de la CAA belge :
WakeA400M
Pour aller plus loin :
– Dans le sillage d’un hélicoptère…
– Turbulence de sillage