
Une plateforme en zone de turbulences économiques…
C’est en 1955 que l’aérodrome de Toulouse-Lasbordes a été ouvert à la Circulation aérienne publique. De nos jours, la plate-forme compte une piste en dur de 950 m de long, une piste
en herbe pour les ULM et une vingtaine de hangars avec 8 aéro-clubs parmi la trentaine de structures et une centaine d’appareils basés.
Ces dernières années, des tensions y ont vu le jour, côté riverains suite à l’urbanisation locale et avec la mise en place de restrictions d’horaires et de mouvements, mais aussi côté gestionnaire, avec des difficultés pointées par les usagers. D’où le communiqué ce jour de l’Association des usagers de l’aérodrome de Toulouse-Balma-Lasbordes (AUATBL) :
« La gestion de l’aérodrome de Toulouse-Lasbordes (LFCL) – 6e plateforme d’aviation générale de France avec près de 55.000 mouvements par an et environ 1.600 pilotes (dont 40% d’élèves en formation) – a été confiée à Toulouse-Métropole il y a vingt ans. C’est suite à
la décentralisation et sans réelles compétences aéronautiques particulières que la Collectivité a « hérité » de cette infrastructure et « mis en place une gestion purement comptable de l’infrastructure, assurant son fonctionnement sans vision claire de son avenir ».
« Aussi, les usagers basés de l’aérodrome se mobilisent depuis plusieurs années afin de
faire prendre conscience aux décideurs de la Métropole des atouts remarquables de cette plateforme péri-urbaine, au cœur de la Métropole toulousaine, berceau de l’Aéronautique européenne. Au travers de nombreuses actions, (Ndlr : dont d’importantes Portes ouvertes), l’AUATBL qui fédère la trentaine de structures basées sur l’aérodrome a pu démontrer aux élus et aux différents publics (riverains, scolaires, amoureux de la Nature, passionnés d’aviation ou start-ups de l’Innovation aéronautique) le dynamisme et les potentialités de développement de cet aérodrome ».
« Malheureusement, les contingences financières et budgétaires ont conduit la Métropole,
au fil des ans, à augmenter les redevances aéronautiques de manière insoutenable pour les structures basées. Dans un contexte global difficile, avec l’augmentation des charges qui grève globalement toutes les types de structures (aéro-clubs, associations de privés basés, écoles aéronautiques, entreprises, …), ces augmentations de redevances ont atteint des sommets
qui contribuent aujourd’hui à mettre en péril la viabilité de certaines structures » note l’AUATBL précisant que « les redevances aéronautiques ont été multipliées par 6 en 8 ans pour les aéro-clubs, et un tarif au mouvement qui atteindra 21.50 € fin 2026 ! Et ceci, sans aucune amélioration notable du service rendu, ni perspective d’investissement pour assurer le développement de l’aérodrome ».
L’AUATBL poursuit : « Aujourd’hui, la pression budgétaire croissante sur les collectivités locales, couplée au désengagement de l’État dans le financement de la décentralisation, conduit Toulouse-Métropole à mettre en place un autre mode de gestion, plus « professionnel », de l’aérodrome. Ainsi, le 15 octobre 2026, le Conseil Métropolitain a adopté une délibération de principe ouvrant la plateforme à une gestion en Délégation de Service Public (DSP). C’est une réelle prise de conscience, par la Métropole-gestionnaire, de ses limites de compétences et de ses capacités d’investissement, par ailleurs grevées par la situation financière de la Collectivité et ses choix stratégiques. Est-ce une chance ou un risque pour l’aérodrome ? »
« Quoi qu’il en soit, sans s’opposer frontalement à la DSP, mais pleinement consciente des risques qu’illustrent de nombreuses situations sur d’autres plateformes en France, l’AUATBL reste vigilante et impliquée, autant que faire se peut, dans le processus de mise en concession. Ainsi, les usagers, au travers de leurs représentants, ont pu contribuer à sensibiliser la Collectivité gestionnaire sur les risques spécifiques liés à l’activité aéronautique et aux particularités des « publics » concernés par la DSP : la plupart des usagers de ce Service public sont, en effet, des aéro-clubs sous statut d’association Loi 1901 en équilibre financier précaire, ou des associations de privés basés qui subissent eux aussi de plein fouet les augmentations de coûts structurels (carburant, maintenance, taxe foncière (multipliée par 6.5 en 10 ans à Lasbordes…). »
« Point positif, les efforts de l’AUATBL pour être reconnu comme partenaire de la Collectivité dans la Gouvernance de l’aérodrome ont conduit la Métropole, en 2025, à intégrer l’association des usagers au Comité consultatif d’exploitation au sein duquel sont discutés les éléments stratégiques pour la vie de la plateforme. Par la pérennisation de cette implication, et la collaboration avec le futur délégataire, l’AUATBL compte bien peser sur le devenir de la plate-forme, en bâtissant une relation partenariale forte et en étant force de proposition constructive et incontournable. A la croisée des chemins, l’avenir dira si Toulouse-Lasbordes pourra servir de modèle de gouvernance et de gestion » indique au final l’AUATBL.

Ce dossier reste symptomatique de la situation de nombreux aérodromes en France, notamment les 150 et quelques « confiés » gracieusement par l’État à des collectivités qui,
par méconnaissance du domaine, font appel à des concessionnaires privés via une DSP,
ces derniers y voyant une poule aux œufs d’or, notamment par l’octroi de subventions et l’accroissement exponentiel des redevances et loyers, entraînant l’éviction d’associations à but non lucratif quand il ne s’agit pas de faire le vide pour une opération immobilière plus « rentable ». En d’autres mots, des plates-formes déjà financées par le passé via des impôts se retrouvent aux mains de groupes privés qui en tirent une manne confisquée, faisant fi des usagers historiques implantés depuis des décennies – cf. les « concessions » des autoroutes dont la teneur des contrats n’a pas été intégralement rendue publique.
Pour Lasbordes, la presse régionale reprend les commentaires de la collectivité Toulousse Métropole : « Au terme de près de vingt ans d’exploitation en régie, le mode de gestion actuel montre ses limites : le service demeure structurellement déficitaire (Ndlr : estimé à 234.000 € depuis 2021), malgré une réforme progressive des redevances engagée depuis 2023, tandis que les besoins d’entretien, de maintenance et de remise à niveau du patrimoine demeurent importants ». Sont mis en avant « des exigences techniques et réglementaires croissantes, la réduction de l’amplitude du contrôle aérien assuré par la Direction générale de l’Aviation civile, des attentes renforcées des usagers insatisfaits en matière de qualité de service ». ♦♦♦
Photos © AUATBL 2026