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Le treuil pour les pilotes… motorisés

Publié le 10 août 2025 par François Besse


De la nécessité d’une vigilance accrue en arrivant ou en survolant un terrain où le treuil vélivole est actif.

Si le treuil a été très utilisé par le passé pour mettre en l’air des planeurs, ce mode de lancement redevient d’actualité ces dernières années pour plusieurs raisons : un coût de lancement plus réduit par rapport au remorquage par avion ou ULM, une empreinte sonore très réduite qu’il s’agisse d’un treuil thermique ou électrique. D’où l’apparition de l’usage
d’un treuil sur les fiches VAC avec le logo d’un planeur et la mention « Câble ».

Dans les consignes, sont alors précisées les procédures à appliquer pour les aéronefs arrivant sur le terrain en question. Il est mentionné que « hors communications liées à des impératifs de sécurité, il est demandé aux aéronefs entrant dans le circuit d’aérodrome d’effectuer une écoute d’au moins 2 minutes de la fréquence afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’opérations
de treuillage en cours, l’utilisation de la fréquence » pouvant gêner la communication entre l’opérateur du treuil et le pilote du planeur ». De plus, une altitude minimale pour passer verticale est précisée, assurant une marge de sécurité par rapport à la hauteur maximale pouvant être atteinte par le planeur treuillé.

Ces procédures sont à respecter impérativement par les aéronefs arrivant sur l’aérodrome
où peuvent se dérouler des opérations de treuillage car un message émis en pleine procédure de treuillage peut mettre en danger le pilote du planeur, imposant alors un arrêt
de la procédure de lancement et de recommencer toute la procédure…

Celle-ci est uniformisée sur l’ensemble des terrains avec un premier message du planeur vers le treuil pour indiquer la prochaine treuillée pour tel planeur (le type, mono ou biplace et le nombre de personnes à bord pour évaluer la masse et donc la puissance nécessaire côté treuil). Le treuil collationnera les données de la prochaine treuillée. Jusque-là, un aéronef arrivant peut émettre et donner ses intentions. Mais une fois l’équipage du planeur prêt à être treuillé, le pilote va annoncer au treuil qu’il peut tendre le câble. À partir de cet instant,
il faut déjà se taire sur la fréquence car le treuillard va très rapidement annoncer une « treuillée imminente », en demandant d’éviter la verticale sous telle altitude en pieds et en imposant le « silence radio ».

Si vous avez annoncé votre arrivée dans quelques minutes, vous pouvez intégrer la vent arrière, en évitant la verticale. Peu de temps après l’annonce du début de procédure de la treuillée, le câble va être lentement enroulé sur les tambours du treuil et quand le câble va être tendu et que le planeur commence lentement à avancer, son pilote va annoncer « Tendu, tendu » suivi du message du treuillard confirmant le début de la treuillée. Selon la longueur du câble, selon la force du vent, la treuillée va durer de 30 à 40 secondes environ pour passer le planeur du sol à plus du 400/500 m/sol. L’accélération initiale (de 0 à 110 km/h environ) prend environ 3 secondes. L’assiette du planeur est proche de 45° durant la montée.


Pendant toute la treuillée, le silence radio s’impose à tous les aéronefs sur la fréquence
car le treuillard peut intervenir sur la fréquence pour demander au pilote du planeur de corriger latéralement sa trajectoire suite aux effets du vent. Le largage du câble se fait automatiquement avant que le planeur n’atteigne la verticale du treuil et sur réduction de la puissance par le treuillard. La sécurité du crochet relâche alors le câble. Pour éviter que ce dernier ne dérive ou ne s’enroule sur lui-même, la puissance du treuil est réaffichée et un parachute permet de maintenir le câble en tension jusqu’à le poser à quelques dizaines de mètres devant le treuil. Lors de la treuillée, le câble est difficilement visible. Après largage
du planeur, sa présence est trahie par le parachute.


À cet instant, le treuillard se doit d’annoncer la « Fin de treuillée », libérant la fréquence.
D’où la nécessité des 2 minutes d’écoute avant de parler sur la fréquence et le nécessaire silence si une treuillée est en cours. Si vous avez entamé la vent arrière, vous pouvez le signaler et poursuivre votre tour de piste car la prochaine treuillée ne se fera que dans plusieurs minutes, une fois le planeur suivant aligné, le treuil à nouveau prêt à assurer la treuillée, etc. Et donc, aucun décollage ou atterrissage ne peut être réalisé avant d’entendre sur la fréquence le message de fin de treuillée, confirmant au passage que le câble et son parachute sont bien au sol. Un gyrophare sur le treuil alerte également les pilotes sur l’activité de treuillage en cours.

Même sans être vélivole, ces procédures doivent être connues des pilotes des autres disciplines aéronautiques pour avoir connaissance des spécificités des modes de lancement des planeurs, d’où la diffusion par le CNFAS de fiches sur le sujet pour améliorer la sécurité sur une plate-forme connaissant une coexistence de plusieurs disciplines aéronautiques. Ces procédures sont connues des pilotes basés, puisque confrontés régulièrement à s’intégrer dans le tour de piste. C’est souvent moins le cas pour les pilotes visiteurs non habitués à ce type de cohabitation, encore plus pour les pilotes étrangers maîtrisant mal le français. De plus, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de cumulus dans le ciel (conditions de thermique pur) qu’il n’y a pas de planeurs en vol, y compris tôt le matin car le treuil, mode de lancement économique, peut être utilisé le matin et en soirée, avant ou après la convection thermique, pour de l’école de base avec une PTL dès la fin de treuillée en instruction…

Si la procédure à l’arrivée sur un terrain utilisant le treuil a été détaillée ci-dessus (à retrouver en détail dans le manuel FFVP du treuil, édition 2016), il va de soi que pour un départ du terrain, c’est la même chose au niveau du silence radio. Mais aussi qu’aucun décollage ne doit intervenir durant une treuillée. Ce ne fut malheureusement pas le cas pour l’équipage autrichien d’un Bristell B23 faisant escale à Challes-les-Eaux en mai 2024. Cet appareil volait de concert avec un autre biplace qui a décollé quelques minutes avant une treuillée.
Le second équipage, effectuant ses essais avant décollage, s’est aligné avec un décalage de temps alors qu’une treuillée était en cours.

Dans la montée, au lieu de virer à gauche pour s’écarter de la piste planeur (85 m d’écart latéral), le biplace a dérivé vers la droite pour rencontrer le câble du treuil encore en descente sous parachute, à une cinquantaine de mètres de hauteur. Le manuel fédéral concernant l’usage du treuil définit le « volume de sécurité » pour le treuillage avec 250 m de part et d’autre de l’axe de treuillée.


Malgré l’usage de la guillotine par le treuillard, dispositif d’urgence pour sectionner le câble,
ce dernier a heurté l’hélice, le pilote du biplace a perdu le contrôle avant collision au sol
et incendie. Le pilote avait un PPL avec sur sa licence uniquement des compétences linguistiques en anglais et en allemand. Sa passagère, sans culture aéronautique, ne parlait pas le français. La fiche VAC précise bien que les échanges sur la fréquence doivent se faire uniquement en français.

Mais les pilotes des deux aéronefs autrichiens étaient familiers avec l’activité de treuillage
de planeurs car pratiquée sur des terrains proches de leur aérodrome de base, avec sensibilisation des pilotes sur ce sujet lors des vols de prorogation. A leur arrivée, les deux équipages autrichiens communiquaient entre eux en allemand, sans respecter le silence radio. Il n’est donc pas certain que pour des problèmes de langue, ils aient bien compris les échanges radio relatifs à la procédure de treuillage en cours. Tout est allé très vite, avec moins d’une minute entre l’affichage du pleins gaz par le biplace autrichien et la collision avec le sol, le biplace décollant 11 secondes après le planeur treuillé.

Le chef de piste avait prévenu l’équipage autrichien d’un planeur en finale avant de lancer une treuillée, le biplace étant alors aux essais moteurs, sans engager la piste ou l’engageant un peu. Hormis le message du biplace quittant le parking pour le point d’attente, aucun autre message n’a été entendu. Le treuillard, concentré sur la treuillée, n’a pas vu ni entendu l’avion s’aligner, le seuil opposé étant de plus difficile à visualiser depuis le treuil. Lorsqu’il a aperçu ce dernier se dirigeant vers le câble, il a sectionné les quatre câbles du treuil. Le club vélivole n’avait jamais rencontré auparavant une telle situation de décollages simultanés entre un avion et un planeur treuillé.   ♦♦♦

Photos © FFVP

Lien vers le rapport du BEA
AvionTreuil

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