
Jeppesen arrête l’impression des cartes papier pour se consacrer à 100% au numérique.
Une page est (définitivement ?) tournée pour passer au numérique à 100%. C’est ce que
la société Jeppesen a annoncé le 31 octobre 2026, mettant fin à l’impression de cartes papier.
Les abonnements aux cartes papier ont pris fin le 1er novembre, avec un avoir pour les abonnements encore en cours. Cette décision a été prise par la société de capital-investissement Thoma Bravo après le rachat en 2025 pour 10,55 milliards de dollars de la société Jeppesen et aussi de l’application ForeFlight à Boeing, précédent propriétaire aux prises avec des difficultés financières.
La décision repose sur les « coûts en augmentation » de la gestion des cartes en papier et la progression de l’adoption des produits de navigation numériques dans le milieu aéronautique. La société va poursuivre la fourniture de cartes numériques pour différentes plates-formes dont ForeFlight qui a pris en compte les cartes Jeppesen en 2017. Pour les utilisateurs spécifiques souhaitant utiliser une carte papier ou simplement l’avoir à bord en solution de secours, plusieurs applications sont prévues pour imprimer des extraits de cartes sans oublier les fiches d’approche. Du papier avec les 7 perforations pour les classeurs Jeppesen est toujours proposé.
Petit retour en arrière. L’aventure Jeppesen a commencé en 1934 avec Elrey Jeppesen, pilote de ligne, soucieux de la sécurité. Il recueille donc toutes les informations possibles lors
de ses escales car à l’époque, les cartes manquent souvent de données précises. Il grimpe
sur des collines pour noter leur altitude. Il note les orientations, altitudes, longueurs de piste, altitude de sécurité dans le secteur, localisation de la manche à air et des obstacles, numéros de téléphone des responsables locaux, voire ceux de fermiers pouvant fournir des renseignements météo !

Le tout est consigné dans un carnet qui suscite l’intérêt des autres pilotes, qui en diffusent donc des copies, avant de se lancer dans une opération commerciale avec sa femme,
ex-hôtesse de l’air, pour vendre ses fiches. Vue l’abondance d’informations collectées, les cartes Jeppesen sont plébiscitées par les pilotes de plusieurs compagnies aériennes, la production poussant Jeppesen à arrêter sa carrière pour se consacrer à la diffusion des informations aéronautiques. En 1947, avec l’US CAA future FAA, il développe des procédures d’approche aux instruments.

En 1957, une filiale est ouverte à Francfort, Allemagne, pour couvrir l’Europe. En Allemagne,
un certain M. Bottlang a lancé un système similaire pour les pilotes volant en VFR. Ces fiches d’approche sur les terrains sont diffusées chaque mois par abonnement, pour les intégrer dans des classeurs pouvant couvrir la totalité de l’Europe contrairement aux cartes VAC du SIA se limitant à la France.


En 1980, le Bottlang Airfield Manual est racheté par Jeppesen pour devenir le Jeppesen VFR Manual. Puis l’ensemble des services a été numérisé pour être intégré dans les systèmes d’avionique embarqués, via les applications de navigation développées ces 30 dernières années.
C’est en 2000 que Boeing a acquis Jeppesen, en tant que filiale. La numérisation sera développée avec la diffusion en ligne via internet en visant progressivement un cockpit « sans papier ». Des cartes papier dessinées à la main par le pionnier Elrey Jeppesen, on est passé aux cartes vectorisées pouvant être modifiées rapidement. Après un partenariat entamé en 2017, Boeing acquiert ForeFlight en 2019 pour développer son catalogue de services. Jusqu’à la vente de l’activité à Thoma Bravo. En 2026, le papier est abandonné pour passer à la carte numérique sur écran. ♦♦♦
Photos © Jeppesen et DR