
Un concept suscité par internet et les réseaux sociaux
C’est une évidence. Ces dernières décennies, les pratiques sociales ont évolué avec l’arrivée d’internet, des applications de communication et des réseaux sociaux. L’aviation générale n’y a évidemment pas échappé. Le monde numérique prend inexorablement la relève du papier. Un exemple parmi d’autres, la disparition progressive de la presse aéronautique « papier »… Exit Aviation Magazine, Volez, Vol moteur, Aviasport, Air & Cosmos limité à ses seuls abonnés et bientôt l’arrêt de la revue Icare. La relève numérique n’a pas vu le jour car internet repose dans les mentalités sur le « tout gratuit » et la multiplicité des sources pour éviter les rares payantes, surtout dans un domaine non professionnel.
Au même moment, on est passé du VOR au GPS, de la carte papier à la tablette et son irremplaçable application de navigation, des conseils d’un prévisionniste météo joint par téléphone à de multiples applications dont les prévisions sont à comparer pour se faire une idée de la situation météorologique. La facilité à créer un site internet et à échanger sur les réseaux sociaux donne aussi des idées à des développeurs. Le chiffre de quelque 40.000 pilotes fédéraux dans les 650 aéro-clubs suscite des projets visant à dynamiser l’activité
en pensant apporter la « solution miracle ».
Mais souvent, derrière bon nombre de projets, on relève une méconnaissance du milieu de l’aviation légère (ou générale) en France car il faut prendre en compte d’autres paramètres que le simple décompte général des pilotes. Ceux-ci sont d’une très grande diversité dans leurs profils, de l’élève découvrant un nouveau milieu avec enthousiasme jusqu’au pilote aguerri par plusieurs décennies de pratique, en passant par les multiples stades intermédiaires, sans oublier les pilotes volant en club et ceux ayant leur propre machine. Les attentes ne peuvent donc être identiques.
Autre paramètre à prendre en compte. C’est une réalité, le pilote privé français est peu voyageur au-delà des 200 km autour de son terrain d’attache. Les raisons peuvent être multiples : limites financières, limites de temps disponible, crainte d’affronter des problèmes avec un espace aérien complexe et en continuelle évolution, etc. Il faut ajouter encore que sur les 40.000 pilotes revendiqués par la fédération, chaque année, c’est quasiment un quart qui quitte la pratique du pilotage après une poignée d’années d’activité, ayant « fait le tour de la question » ou souhaitant aller voir ailleurs d’autres activités. Environ un quart prend la relève d’où un « turn-over » connu depuis des décennies.
Enfin, ces plates-formes numériques destinées soit à dynamiser la pratique, soit à promouvoir la pratique, soit à faciliter les échanges, soit à… sont généralement payantes (du moins à partir d’un certain niveau d’offres, l’accès basique étant généralement gratuit comme « produit d’appel ») car il faut bien prendre en compte des coûts de développement, de maintenance, d’abonnement à des serveurs, etc. Même si une fois abonné, l’internaute se doit participer collaborativement et bénévolement à étoffer le site proposé…
Mais là, il faut se rappeler un dicton bien connu en aviation générale : pour devenir millionnaire, il faut au préalable être milliardaire ! Bref, l’aviation privée n’est pas forcément l’eldorado que certains pensent y trouver. S’il faut faire des choix financiers, n’est-il pas préférable de tenir un carnet de vol « papier » gratuit plutôt que de payer une application
pour avoir un carnet de vol « numérique » dont l’abonnement pourrait être transformé en heures de vol ?
Et bien souvent, des projets ne tiennent pas dans le temps après la phase de lancement, faute d’atteindre une masse critique en nombre d’utilisateurs et il n’est pas facile d’impliquer des utilisateurs à participer à l’amélioration d’une plate-forme. La sélection naturelle (Darwin) est alors souvent impitoyable… Il n’est pas donné à tout le monde de proposer un service traversant le « plafond de verre » pour s’installer durablement, d’Openflyers à SDVFR.
Régulièrement, aeroVFR est sollicité pour présenter de nouveaux projets. C’est son rôle
de relayer l’information vers le milieu aéronautique. En voici donc deux en cours de développement, à découvrir avec les liens indiqués en fin d’une rapide description du projet.

Aerio
Un groupe de pilotes LAPL/PPL s’est lancé dans la création d’une plate-forme baptisée Aerio « pour donner aux pilotes privés une vraie raison de voler plus souvent : missions de vol, idées d’escales et communauté ». Le constat de départ n’est vraiment pas nouveau pour qui suit l’aviation légère depuis quelques décennies : « Le problème de départ est simple : beaucoup de pilotes ont leur brevet, mais volent peu faute d’occasions concrètes, de destinations prêtes à partir ou d’une dynamique régulière ».
D’où le site se présentant comme le « premier club privé de l’aviation de tourisme », pour réunir « la communauté des pilotes privés, les meilleures escales de France et une réservation fluide – pour que l’envie et la logistique soient enfin alignées ». La plate-forme est accessible via une application ou le site internet.
Les premières « missions » proposées, une quinzaine classée par thématique (paysage, gastronomie, social, défi), vont d’un « déjeuner entre vignes à Beaune » à « Falaises, plages et grand air normand au Havre-Octeville via un « Rallye d’aéro-club et terrasse à La Baule »,
« Un passage alpin vers Courchevel » (altiport), « Les châteaux de la Loire en échappée aérienne » ou encore « Bergerac, vignobles et canard confit ». Promettant un complément d’activité et de revenus aux aéro-clubs s’inscrivant ou inscrits par un membre, l’objectif est aussi de proposer des services aux pilotes de passage (réservation taxi, taxes, lavage ?).
Le site en est encore au stade du développement, avec un accès bêta gratuit en attendant « les premières escales testées par la communauté » avec notamment une carte interactive, un item Safety avec les points d’attention avant le vol. Selon les degrés d’accès, les tarifs prévus iront de gratuit (Bronze-L’observateur : entrer dans le cercle Aerio avec réseau social, fiches terrains, accès à la carte communautaire) à 29,90 €/mois (Gold-Le Captain avec conciergerie dédiée, événements Porsche et partenaires, assurance et privilèges Premium)
en passant par 14,90 €/mois (Silver-Le Voyageur pour organiser ses prochains départs avec Currency tracker, météo intégrée, réservations et packs d’escale).

Jacana Flight
Il se veut être « le premier réseau social interactif entièrement dédié à l’aviation légère ».
Le constat est également « simple » : « Notre passion mérite un espace numérique unique, sans pollution publicitaire extérieure, sans dilution dans des réseaux généralistes, et entièrement pensé pour celles et ceux qui vivent et font vivre l’aviation libre » car « Le ciel
n’a plus de frontières numériques ».
Le site (ou l’application) repose sur une carte interactive… mondiale, collaborative et gratuite, « véritable outil collaboratif accessible à tous » avec ajout possible des terrains, spots, avis, informations pratiques et partage d’expérience. Chaque utilisateur peut enrichir la carte et contribuer à une base de données. Il peut aussi créer son propre profil pour rejoindre « une communauté ciblée et engagée » et publier des annonces pour les abonnés Premium
(tarifs non précisés). L’objectif est de faciliter la mise en relation entre pilotes, organiser du « co-flying », susciter le « partage d’expérience intergénérationnel » sans oublier le groupe Whatsapp national et un blog. ♦♦♦
Photo © F. Besse / aeroVFR.com