
Un Séminaire de la DSAC avant la saison 2026 des meetings…
Ce 5 février 2026, dans l’amphithéâtre de la DGAC à Paris, se tenait un Séminaire organisé par la DSAC sur les manifestations aériennes. Ceci, deux mois après l’auto-dissolution de France Spectacle Aériens (FSA) regroupant les principaux acteurs du monde de Spectacles aériens publiques (SAP) – organisateurs, directeurs des vols, pilotes de présentation, commentateurs – événement qui a sans doute été le « déclencheur » de ce séminaire… Le texte qui suit propose une synthèse des présentations telles que prises « à la volée ».
Dans son mot d’introduction, Carole Lenck, adjointe au directeur technique Navigabilité
et Opérations (DSAC/NO), a présenté cette réunion dans le cadre d’une « démarche d’accompagnement collectif ». L’objectif est évidemment la sécurité vis-à-vis du public face aux risques engendrés par les présentations qui se veulent spectaculaires. Préparé sur une courte période, avec de possibles « couacs » annoncés (ce sera le cas avec la qualité du son très aléatoire pour les internautes en visio-conférence et la non-diffusion d’une vidéo pour raison technique), ce séminaire a été présenté comme le premier du genre organisé par la DSAC, annonçant donc d’autres éditions à l’avenir…
– Conditions de réalisation des MAA : Richard Esnon, colonel de réserve dans l’armée
de l’Air et de l’Espace, conseiller à la sécurité aérienne, a abordé la problématique des « Manifestations Aériennes Autres » (MAA) que les SAP, donc des événements très diversifiés (quelques sauts en parachute, dépose par corde lisse d’une vedette depuis un hélicoptère dans un stade par exemple ou un rassemblement d’aéronefs sans présentation en vol, ou encore une manifestation privée) et pas forcément détaillés dans l’arrêté de 2021, et donc
non surveillés par la préfecture (pas besoin d’autorisation préfectorale), les DSAC, la BGTA.
D’où la nécessité de faire appel au pragmatisme tout en garantissant les aspects sécuritaires et légaux.
La DSAC a demandé des retours d’expérience sur ces MAA qui deviennent des SAP au-delà de 5.000 spectateurs. Les limites peuvent être « floues » et la réglementation muette,
ce qui peut être considéré comme positif tant que tout va bien. C’est moins le cas après un accident. Des recommandations sont données : s’appuyer sur les distances des SAP vis-à-vis du public, un briefing des participants s’impose, une information à la DSAC pour Notam et ZRT, demander une fiche de participation (pilote et présentation) utile au conseiller à la sécurité aérienne en MAA jouant le rôle du directeur des vols en SAP.
Le paragraphe MAA 200 permet de faire une manifestation aérienne sans être un SAP avec des limitations (80 mouvements maximum mais jets possibles, vols en patrouille, etc.) tout en restant sous les 5.000 spectateurs. Sans appel au public permet de rester dans le cadre d’une MAA mais « l’accès prévisible du public » reste flou car du public non prévu peut se trouver hors zone de présentation, y compris sous la zone d’évolution ! Les règles de hauteur de vol doivent rester réglementaires, hors dérogation demandée, soit 500 ft/sol minimum sans obstacle et rapidement 1.000 m si la moindre usine se trouve à proximité de la piste.
– Rappels réglementaires : la DSAC NO/OH (Navigabilité et Opérations/Opérations Hélicoptères) rappelle les points concernant les autorisations (dérogations) à survol à basse hauteur. Le règlement SERA ne prévoit pas d’autorisation de survol sous 500 ft hors décollage et atterrissage, excluant donc tout passage bas. Première question à se poser : l’appareil relève-t-il de règles européennes ou nationales en Annexe 1 (CNRAC, ULM, CNRA/CNSK,
ex-appareils militaires, répliques) avec des textes spécifiques. Pour voler sous les 500 ft/sol (hors zone peuplée) en SAP, dépôt d’un manuel d’activité particulière (MAP), détention d’une DNC (Déclaration de niveau de compétence) ou dérogation aux règles de la circulation aérienne générale. Pour les ULM, ce sont les Ops ULM (2025) qui s’appliquent.
En SAP, pour les répétitions et les démonstrations, une autorisation globale est obtenue par
la manifestation par arrêté préfectoral. Pour les vols « agglos » (au-dessus de l’urbanisation)
ou « rasants », une dérogation de la DSAC IR pour le pilote s’impose avec préavis de 30 jours
pour les vols rasants, par la préfecture pour les vols agglos. L’analyse des risques associés détermine les différentes valeurs prévues selon l’environnement, le type d’appareil, la distance du « rassemblement de personnes », etc. Peu de zones d’entraînement existent avec un plancher sous 500 ft/sol. Ceci peut imposer un Notam interdisant temporairement les mouvements des autres aéronefs, le tout en relation avec le gestionnaire de la plate-forme.
– Préparation du pilote de présentation : Baptiste Salis (Aero Vintage Academy) a évoqué comment se préparer à participer à un spectacle aérien en tant que pilote de présentation, soit la formation initiale et le maintien de compétences, avec la difficulté à trouver les références réglementaires pour un candidat autodidacte. Le rappel des bonnes pratiques est effectué (facteurs humains, forme physique, besoins physiologiques, mental, entraînement, fiche de présentation avec beau et mauvais temps, etc.). La préparation du programme demeure fondamentale en fonction du domaine de vol de l’appareil (limitations) et de l’environnement (plate-forme et météo), avec 10 minutes maximum, en définissant les points hauts et les paramètres, l’enchaînement de figures avec possibilité de se recadrer.
Au niveau des entraînements ne pouvant se faire aux hauteurs pratiquées en meeting avec dérogation de hauteur de survol, tout le monde est « hors réglementation » (pilote, directeur des vols, DSAC, préfet) avec les « trois entraînements » en « conditions réelles » de la démonstration – un point qu’il faudrait faire évoluer même si le sujet a déjà été pointé régulièrement depuis des années… Le fait que les centres de formation ne soient pas connus ou reconnus limite les retours d’expérience, en l’absence d’une structure de coordination.
La DSAC précise qu’une Display Authorisation (DA) étrangère peut être envisagée dans les règles alternatives.
– Intégration d’une présentation militaire en SAP civil : sujet traité par le colonel N. Mimari, le commandant N. Bachellerie, Richard Esnon et la DSAC. Le délégué militaire à la manifestation aérienne ou DMMA (AAE) au sol est le garant du respect de la réglementation avec un texte militaire s’appuyant sur l’arrêté de 2021. Les démonstrations militaires sont validées par l’AAE en début de saison (PAF, A400M, EVAAE, RSD). Si le directeur des vols reste responsable mais il ne doit pas intervenir sur la fréquence pendant une démonstration militaire, le suivi de la sécurité des vols étant alors assuré par le responsable Sécurité militaire. Un sujet pas toujours facile à gérer avec les contrôleurs aériens sur une grosse plate-forme, qui n’ont pas toujours une culture « meeting ». Pour protéger un volume d’évolution de la PAF, un SUP-AIP est plus efficace qu’un Notam !
– Manifestations aériennes en préfecture : Thierry Costes (préfecture de l’Essonne) a rappelé les actions d’une préfecture en amont et pendant une manifestation aérienne, s’appuyant sur l’expérience acquise avec le Temps des Hélices à Cerny/La Ferté-Alais. Ce SAP présente des particularités avec notamment un seul axe routier pour 7.000 à 8.000 véhicules en transit.
Les effectifs de sécurité et de secours mobilisés sont de 160 personnes par jour. Un poste de commandement opérationnel est mis en place sur l’aérodrome. L’organisation des secours
est régie par un plan ORSEC – une disposition très spécifique, partagée avec le… Salon du Bourget, avec un impact financier « non négligeable ». Un exercice de simulation d’un accident a été mené en 2022 pour tester la coordination des différents services de secours.
La partie administrative est rappelée avec lettre d’intention à J-120, réunions multiples avec l’ensemble des services, dossier d’organisation, instruction du dossier pour le spectacle pyrotechnique avant les arrêtés d’autorisation (à J-10 seulement !) avec les prescriptions, la préfecture non compétente dans le domaine s’appuyant sur les prescriptions établies par les différents services. Il faut encore citer le dossier de sécurité « grand rassemblement », l’arrêté de déclassement de la zone publique (exposition statique), une commission de sécurité,
un état des effectifs des services de secours, l’élaboration d’un annuaire opérationnel… tout
ceci pour un meeting à répétition depuis des décennies. Le jour du meeting, au poste de commandement opérationnel (PCO), il y a briefing, coordination des services, gestion des flux de véhicules, anticipation et la surveillance de la météo (état des parkings, trafic routier), drone captif de visualisation des parkings, caméras sur les axes routiers à proximité, semi-remorque de gestion de crise armé par 9 agents de la Sécurité civile…
– Retex DSAC 2025 et Axes de surveillance 2026 : la DSAC NO/OH a fait un retour sur la saison passée, avec notamment les formulaires CERFA à bien remplir… Un pilote qui ne participe pas à la manifestation ne peut pas bénéficier du dispositif (volume de présentation) s’il ne figure pas dans l’arrêté préfectoral. Les règles alternatives doivent être basées sr un argumentaire de sécurité. Le formatage du briefing des pilotes est important. En cas de retard dans le timing, attention à ne pas dépasser les horaires de la ZRT et ceux prévus dans l’arrêté préfectoral d’autorisation. Un changement d’appareil de dernière minute est possible si même type et même modèle. La DSAC recommande d’avoir un plateau plus important que nécessaire sans évoquer l’impact financier pour l’organisateur. Les comptes rendus des directeurs de vol, validant leur expérience, servent de Rex.
Côté axes de surveillance de la DSAC pour la prochaine saison, on note l’amélioration de la compréhension des points réglementaires par les acteurs, la bonne matérialisation des axes de présentation (localisation, visibilité), un barrièrage continu avec filtrage des points d’entrée côté piste (que… le temps nécessaire à l’accomplissement de leur mission en rapport avec l’organisation de la manifestation), la répartition plus formalisée par un document des tâches du directeur des vols (délégation à ses adjoints), la gestion des baptêmes de l’air…
Le barrièrage continu apporte des paramètres antagonistes avec la nécessité d’interdire l’accès de la piste au public mais devant aussi bénéficier de plusieurs points de passage pour éviter aux pilotes ou au secours de parcourir de grandes distances pour accéder à la partie Piste. Mais une préfecture peut alors imposer des agents « assermentés » aux points de passage et non pas des bénévoles, d’où une facture additionnelle pour l’organisateur.
– Organisateurs Manifestation aérienne : Antoine Crochon, président de l’aéro-club de Chartres-Métropole et co-organisateur du meeting de l’AeCF, a présenté la vision de l’organisateur, avec pour l’édition 2023, des problèmes rencontrés côté moyens extérieurs
à l’organisation avec un aérodrome très proche de la ville et d’axes routiers importants, avec
du public extérieur sous le volume de présentation, amenant le préfet à ouvrir des secteurs interdits auparavant pour fluidifier le trafic routier à proximité.
– Mise en place de protocole gestionnaire espace aérien : Jonathan Vayrac (contrôle aérien Orly) évoque les échanges avec les directeurs des vols de manifestations parisiennes
(La Ferté-Alais, Melun, Meaux) et l’établissement de protocoles d’accord en matière d’espace aérien (trafic aérien à Orly et Roissy) – un processus à entamer des mois à l’avance… pour finir avec un SUP-AIP et un nombre limités de zones dans la ZRT pour que l’information aéronautique reste « intelligible ».
– Intégration de drones et aéromodèles en SAP : L. Henry et L. Didier, tous deux de la Fédération française d’aéro-modélisme (FFAM), ont présenté les modèles radiocommandés
et notamment les P’tits gros et autres modèles de plus de 25 kg évoluant en meeting.
La présence de l’aéro-modélisme, « créateur de vocations », première marche vers le monde aéronautique « grandeur » et les carrières, n’est pas à négliger – en règle générale, la présentation fait l’ouverture d’un meeting et/ou peut « boucher un trou » pour éviter un
temps mort.
Les gros modèles (catégorie B) sont immatriculés et validés par la DGAC. Ils doivent
être autorisés pour participer à des SAP. La FFAM apporte son expertise administrative
(CERFA, réglementation) dans son domaine avec un directeur des vols Aéromodélisme. Une qualification « Présentation en public » a été mise en place de façon pro-active par la FFAM dès les années 1990 mais sans l’habilitation de pilote de présentation SAP pourtant imposée par l’arrêté de 2021, faute de formations initiales adaptées ! La réglementation des SAPA
(SAP Aéromodèles) ne concerne que les manifestations à 100% modélistes.
Côté drones, Emmanuel Besnard (DSAC) a fait quelques rappels. Les activités drones sont réglementées, avec la délivrance d’une autorisation d’exploitation d’un drone. Un spectacle
de drones (chorégraphie) passe par des conditions opérationnelles, avec une zone délimitée
au sol en cas de chute d’un drone (étanchéïté). Les points de vigilance portent sur les effets pyrotechniques et l’environnement électromagnétique : précautions face aux interférences
et brouillage.
– Retours du BEA : Thierry Hespel (enquêteur BEA) a présenté quelques événements survenus ces dernières années avant d’aborder le déroulé d’une enquête relative à l’accident du Fouga Magister au Lavandou. Pour les appareils en CNRA, CNSK, CNRAC, ULM sortant des obligations imposées par l’EASA, le BEA a plus de marge pour lancer ou non une enquête, une évolution de la politique datant de 2025. C’est cependant encore le cas pour tout événement où il serait jugé qu’une incidence sur la sécurité est notée sans parler de la prise en compte des risques pour les tiers, justifiant de lancer des enquêtes. C’est donc le cas pour les SAP.
Les événements mentionnés évoquent, hors manifestation, le passage sur le dos d’un Spitfire au décollage avec des débris de l’hélice touchant le public à 40 m, avec un risque de
sur-accident suite à la participation du public pour intervenir et dégager le pilote.
Autre événement, la sortie de piste d’un Beech 18 à Melun lors d’un meeting, à 115 m de l’axe, bimoteur finissant près de la zone publique. Le troisième concernait l’envol de masse de montgolfières par conditions météo difficiles à Metz, avec la pression reposant sur le directeur des vols. Le quatrième cas est une perte de contrôle d’un DC-3 à basse hauteur lors d’une répétition au meeting de Meaux, mettant en cause notamment le relationnel au sein de l’équipage et une dégradation des performances humaines due au vieillissement.
L’accident du Fouga, qui a nécessité 13 mois d’enquête, est lié à des facteurs de charge importants (incapacité par G-Loc) pour récupérer l’axe de présentation au-dessus de la mer. D’où les points relevés : la matérialisation des axes de présentation sur l’eau, le dépassement ou pas de l’axe de présentation, le rôle du commentateur en cas d’accident. Les 5 premiers mois de l’enquête ont concerné la collecte des informations, avec entretiens des différents acteurs, des témoins, l’historique de l’avion (maintenance) et du pilote (expérience totale et récente, état de santé), l’organisation du meeting. Un appel à témoins a apporté 200 vidéos et des photos, augmentant les angles de vue et améliorant la trajectographie (2 mois de reconstitution du vol) avec des logiciels spécifiques. L’analyse et la rédaction du rapport a pris en compte les avis de différents experts (pilotes, médecins, directeurs des vols, participation du BEA E de la défense, etc.). La phase suivante est la validation du rapport en interne, puis consultation de toutes les parties prenantes et aussi la DSAC, l’EASA, avant la version finale en prenant ou non les commentaires recueillis. Une vidéo support a été réalisée à titre pédagogique pour « accompagner » la diffusion des rapports.
En clôture du séminaire, Romain Bevillard, adjoint technique à la directrice de la DSAC CE, chargé des affaires techniques et notamment du dossier « Manifestations aériennes »,
a rappelé que ce séminaire est une première avec pour objectifs : avoir des points de vue variés ou inhabituels par les interventions et permettre des partages d’expérience entre les différents acteurs. Tous les sujets n’ayant pu être traités, d’autres séminaires sont prévus à l’avenir. ♦♦♦
Photo © F. Besse / aeroVFR.com
Ndlr : la mise en ligne de la vidéo du séminaire est prévue prochainement par la DSAC.