
Le « mur du son » comme tremplin…
Né dans une famille de fermiers de Virginie, Charles « Chuck » Yeager (1923-2020) rejoint l’US Army Air Corps trois mois avant l’entrée en guerre des Etats-Unis. Deux ans plus tard, il est
en Grande-Bretagne. Au sein de son unité, il est connu pour avoir une excellente vue et son expérience de la chasse aux canards lui permet de déterminer avec précision les angles de déflexion lors de combats aériens. Il devient un « as en une seule journée » avec cinq victoires, le 12 octobre 1944.
Aux commandes de son North American P-51B Mustang, baptisé Glamorous Glen – pour saluer sa fiancée Glennis – il finira la guerre comme capitaine avec 13 victoires à son actif dont un Messerschmitt Me-262. Mais le 5 mars 1944, il est abattu par un FW-190 alors qu’il survole le Lot-et-Garonne, participant à la protection d’un raid de B-24 Liberator visant l’aérodrome
de Bergerac. Évacuant son Mustang, il est récupéré par la résistance qui le fait passer par l’Espagne. Il reprend alors les combats sur P-51D. Il reviendra par la suite plusieurs fois dans
la région pour saluer ses sauveteurs.
Restant dans l’US Army Air Force après guerre, comme instructeur puis pilote d’essais, malgré son absence de formation comme ingénieur mais servi par une excellente précision en pilotage, il est affecté à Muroc Field, qui deviendra la base d’Edwards AFB. Au même moment, chez le constructeur Bell, les essais de l’avion-fusée X-1 ont commencé aux mains de Jack Woolams, pilote d’essais maison, puis de Chalmers Goodlin. L’objectif est ce fameux « mur du son » sur lequel les ingénieurs butent. Mais pour l’armée, le programme du X-1 n’avance pas assez vite et la prime exigée par C. Goodlin pour passer « le mur du son » exaspère. L’armée reprend donc la main et fait alors appel à C. Yeager pour ces essais, ce dernier se contentant de sa solde de capitaine.

Le 14 octobre 1947, ce dernier s’installe dans le X-1 qu’il a déjà piloté en subsonique. La veille, le pilote de 24 ans s’est cassé deux côtes en chutant de cheval dans le désert de Mojave.
La douleur devant être trop forte pour verrouiller son habitacle, il a demandé à l’ingénieur d’essais en charge du programme de lui couper un bout de manche à balai pour bénéficier d’un levier. Largué depuis un Boeing B-29, le X-1 – baptisé Glamorous Glennis – va le propulser au-delà du « mur du son ». De peu car les enregistrements annonceront Mach 1,06. Ce vol va définitivement « orienter » sa carrière et participer à sa notoriété au fil des décennies suivantes.
Une polémique verra le jour par la suite, avec l’affirmation que le mur du son avait déjà été vaincu. Un pilote allemand clamera l’avoir franchi aux commandes d’un Me-262. Certains évoqueront les essais du prototype du F-86 mené par le pilote d’essais de North American George Welch. Ils ont affirmé qu’il aurait passé le mur du son quelques jours avant le vol de Yeager, sur la base notamment de « bangs » entendus dans la région auparavant. Avant de disparaître en 1954 lors des essais du F-100 Super Sabre, G. Welch n’en fera jamais état.
Mais on était en pleine Guerre froide et le vol de Chuck Yeager ne sera dévoilé que bien plus tard, étant considéré comme un secret militaire, notamment avec l’usage d’une profondeur
de type monobloc à réglage électrique. Ni l’Air Force, ni North American, ni Bell ne pouvaient communiquer à l’époque sur le sujet. Une chose certaine, le XP-86 ne possédait pas l’instrumentation à bord pour valider les données d’une telle vitesse, l’anémomètre classique n’étant plus fiable suite aux ondes de choc. Ceci contrairement au X-1 instrumenté en conséquence. D’où dans les livres d’histoire le fait que Chuck Yeager est le premier pilote
à avoir passé – officiellement – le mur du son.

Par la suite, auréolé de son « mur du son » en 1947, Chuck Yeager poursuivra sa carrière
de pilote d’essais, notamment sur Lockheed F-104 Starfighter, appareil dont il doit s’éjecter après une perte de contrôle lors d’une tentative de record d’altitude. Plus tard, il prendra le commandant d’une unité américaine basée aux Philippines, effectuant 127 missions au-dessus du Vietnam. L’armée a fait appel à lui à plusieurs reprises pour avoir son avis ou pour des missions « spéciales », comme l’évaluation en vol de MiG. En 1997, pour commémorer les
50 ans de son « vol historique », devenu Brigadier General, il aura droit à un vol à bord d’un
F-15 Eagle.

Avec un caractère bien trempé, au fil du temps, Chuck Yeager ne s’est pas fait que des amis dans le milieu aéronautique. Il critiquera ainsi le tour du monde sans escale effectué par l’équipage du Rutan Voyager. Invité à donner des conférences au National Air and Space Museum à Washington, il se fera remarquer par le fait d’eng… les auditeurs qui lui posent certaines questions, à la consternation des dirigeants du Smithsonian Institute. Après avoir volé en A380, invité par Airbus à Toulouse, il attaquera en justice le constructeur considérant que ce dernier a utilisé son nom sans sa permission sur son site internet en évoquant le prototype d’hélicoptère rapide Racer et a utilisé des images de sa visite des usines dans une vidéo commerciale. ♦♦♦
Pour aller plus loin :
– La quête du « mur du son »
Photos © USAF
Episode précédent : Premier vol motorisé contrôlé pour les frères Wright
Prochain épisode, vendredi prochain…