
Tensions internes au mouvement ulmiste autour de la politique fédérale.
Il fallait laisser passer du temps, attendre que la poussière retombe, pour tenter de faire le point sans polémique mais en essayant de rester au niveau des faits. Une chose est sûre, l’assemblée générale de la Fédération française de planeurs ultra-légers motorisés (FFPLUM), tenue le samedi 11 avril 2026 dans l’amphithéâtre de la DGAC, ne s’est pas déroulée comme l’aurait souhaitée le comité directeur en place depuis le départ du précédent président, Vincent Perrot, pour la mandature 2025-2028.
Rejet du rapport moral en AG
125 structures étaient représentées avec un total de 390 voix. Si le rapport financier a été approuvé à 56,6% soit 206 voix (43,4% ou 158 voix contre et 26 voix s’abstenant) et la politique tarifaire pour l’année 2027 approuvée à 91,1%, le rapport moral a été rejeté avec 51,7%
de votes contre (194 voix) et 48,3% pour (181 voix), une situation rarement rencontrée dans les assemblées générales de fédérations sportives, aéronautiques ou pas. Cette assemblée était également élective, avec 8 postes vacants suite à des démissions avant l’assemblée générale, pour 17 candidats. 7 ont été élus, un 8e poste devant rester vacant faute de candidate pour respecter la parité.
Malgré ce rejet du rapport moral, le président Christian Santini a décidé le samedi 11 avril de se maintenir, ainsi que son secrétaire général, Alexandre Deldon. Cette situation a entraîné la démission de certains membres du comité directeur. Puis, suite à une réunion du nouveau comité directeur le dimanche 12, comprenant les nouveaux élus, il a été demandé au président et au secrétaire général de démissionner, ce qu’il n’ont pas fait avant le 17 avril. Devenant présidente temporaire en tant que seconde vice-présidente (en l’absence d’un premier vice-président), Laura Mac Donald prenait alors la direction de la FFPLUM.
Il apparaît que la décision de Christian Santini de pouvoir alors s’adresser aux licenciés et
aux dirigeants des structures par une communication via le site internet fédéral n’a pas été autorisée par la présidente par intérim, poussant l’ex-président à diffuser dans la soirée du 17 avril son courrier du 16 avril sur une page Facebook indépendante, annonçant sa démission de toutes ses fonctions à la FFPLUM, prenant la responsabilité du désaveu concernant le rapport moral.
Christian Santini invitait alors les présidents des clubs et structures de formation à mettre en application l’article 10 des statuts fédéraux, permettant sur demande d’un tiers des membres représentant le tiers des voix, de convoquer une assemblée générale extraordinaire pour révoquer le comité directeur. L’ancien président tenait à souligner que l’arrêté OPS-ULM n’était ni le fait de la fédération ni de sa mandature, affirmant avoir engagé « un travail de fond pour stopper des textes qui dataient de plusieurs années et qui n’étaient plus en phase avec nos pratiques », soulignant que « c’est la DSAC qui, à la suite des recommandations du BEA, a imposé ses propres procédures ». Le travail engagé par la FFPLUM visait « à décaler les dates d’entrée en application du texte, l’atténuation pour les VLO, la suppression pour les VLD ».
Ce 17 avril dans l’après-midi, l’ancien secrétaire général, Alexandre Deldon avait déjà posté sur la même page Facebook son témoignage, confirmant sa démission du comité directeur et laissant « plusieurs chantiers concrets, prêts ou bien avancés » : solutions pour les pilotes après 70 ans, Ambassadeurs sécurité, outil REX, études d’impact et de vieillissement du pilote, classe 0, machines électriques, mise à jour des outils OPS 2.
Étaient mis en avant les travaux entamés face à la DGAC/DSAC à savoir la suppression de la classe 2, le refus et suppression des 70 ans pour les VLD, le décalage des dates d’application pour permettre une étude d’impact sur l’activité des structures, douze propositions portées à la DGAC le 9 mars dernier lors d’une rencontre avec son directeur, un arrêté modificatif du 24 mars obtenu sur les modifications majeures significatives afin que des machines de série modifiées puissent faire des VLD et VLO sans oublier des courriers adressés aux ministères,
au CNFAS, aux autorités militaires pour faire reculer l’OPS-ULM.
Le 21 avril, la page d’ouverture du site fédéral bénéficiait enfin d’un « communiqué officiel » signé du nouveau comité directeur pour informer les licenciés des derniers événements, annonçant la formation à venir d’un nouveau bureau directeur. Rappelant que le nouvel arrêté du 17 février 2025 relatif aux conditions d’utilisation des aéronefs ultralégers motorisés (ULM) dit OPS-ULM, constitue à ce jour « la priorité absolue de la fédération », le comité annonçait la mise en place d’une nouvelle équipe, prenant en charge ce dossier et devant rencontrer prochainement le directeur général de la DGAC pour « exprimer fermement le désaccord de la fédération ».
Plusieurs dossiers « sensibles »
Ainsi, la FFPLUM traverse une « période difficile » au vu de tous mais les tensions existaient depuis des mois, voire des années. Même si elle a plus de 40 ans, c’est la plus jeune fédération aéronautique, déjà connue pour des comportements « turbulents » internes
par le passé. Diverses mouvances s’opposent ou du moins ont des objectifs divergents.
Une mouvance tient à garder l’esprit originel de la discipline, basée sur la liberté et la responsabilité des pilotes, avec des machines simples pour du vol de loisir, une formation adaptée et un cadre réglementaire le plus réduit possible. Cette tendance ne voit donc pas d’un bon oeil la sophistication continue des machines (les 3-axes constituent la majorité de la flotte ulmiste), avec le pas variable, le train rétractable, voire l’arrivée de turbines désormais sur le très haut de gamme.
Cette sophistication, également poussée par les constructeurs pour raisons financières, avec notamment l’augmentation de la masse maximale autorisée, avait déjà été critiquée du temps de Dominique Méreuze notamment lors de l’arrivée de la classe 6 des hélicoptères ultra-légers. La crainte est ainsi de se rapprocher un peu plus à chaque fois de l’aviation certifiée et ses contraintes réglementaires et financières, avec des biplaces dont l’énergie cinétique à l’impact en cas d’accident est similaire à celle d’avions légers certifiés VLA ou LSA – un point qui a poussé le BEA (c’est son rôle) à faire des recommandations au vu d’accidents notamment survenus lors de vols commerciaux avec des passagers. D’où la sortie du chapeau par la DGAC/DSAC de l’arrêté OPS-ULM visant à plus légiférer la pratique des vols de découverte et autres baptêmes (VLD et VLO).
Cet arrêté a sans doute servi de « goutte faisant déborder le vase » au sein de la communauté ulmiste, même si d’autres griefs étaient déjà mentionnés vis à vis du comité directeur et de la politique fédérale, avec une fédération souvent perçue comme distante, ne communiquant pas assez vers ses licenciés sur les dossiers en cours (une critique qui concerne aussi d’autres fédérations aéronautiques !) ou trop tard quand l’orientation réglementaire est déjà figée et que les pratiquants sont mis devant le fait accompli.
D’autres critiques ont vu le jour ces derniers mois, avec notamment la gestion jugée non satisfaisante de l’ex-salon de l’ULM repris par la FFPLUM pour devenir (désignation un brin ambitieuse) le Mondial de l’ULM (MULM), et dont le bilan financier laissé par la précédente mandature a poussé la fédération en 2026 à ne l’organiser désormais que tous les deux ans, les années impaires, créant pour les années paires un « fly-in » baptisé Festi ULM, programmé pour juin prochain, et qui devra faire prouver qu’il répond aux souhaits des pratiquants
– son budget prévisionnel serait de 150.000 €. L’abandon du Tour ULM pour le limiter à quelques pilotes jeunes a participé aussi sans doute à un « changement d’ambiance », entraînant des initiatives indépendantes comme la Grande Course.
La nouvelle donne réglementaire déjà mise en application ou à venir (voir plus bas), avec l’OPS-ULM comme catalyseur, a ainsi entraîné un tournant au sein de la communauté ulmiste… Cette orientation réglementaire a aussi poussé à la naissance d’une « dissidence » fédérale avec la création en novembre 2024 de la FARULM (Fédération des activités récréatives de l’ultra-léger motorisé), emmenée par Pierre-Emmanuel Leclerc, membre par le passé du comité directeur de la FFPLUM à l’époque de Dominique Méreuze. Se voulant « aucunement en opposition avec la FFPLUM » mais « en totale complémentarité », cette nouvelle fédération propose cependant des licences-assurances, soulignant vouloir promouvoir la pratique de l’ULM de façon récréative, défendant l’aspect purement loisir de l’activité.
Mais face à la DGAC qui ne souhaite n’avoir qu’un seul interlocuteur et privilégie donc les « acteurs historiques » ayant déjà acquis une légitimité à ses yeux, il est difficile de s’imposer en tant que nouvelle fédération. En février dernier, le rapport moral de la FARULM lors de son AG – faisant état de 151 adhérents individuels et 31 clubs affiliés tandis que la FFPLUM revendique 15.590 licenciés et 828 clubs ou structures ULM – rappelait sa naissance due à une conviction simple : « Des pratiquants mécontents de la FFPLUM et considérant être verrouillés par un système fédéral, bien organisé, avaient besoin d’un espace indépendant d’expression, de communication, capable de s’exprimer clairement sur les sujets essentiels à notre pratique, notamment la réglementation et la vie associative ».
Le rapport précisait aussi qu’en décembre 2025, « la FARULM a fait l’objet d’une démarche engagée par l’avocat de la FFPLUM, à la demande de son ancien président, visant le nom de la FARULM ainsi que la communication réalisée lors de sa création ». Ne souhaitant pas prendre le risque d’une procédure prolongée, faute de moyens financiers, la FARULM avait alors décidé de « limiter volontairement sa communication ». Face à l’absence de dialogue, la FARULM a ensuite proposé aux pratiquants, adhérents ou non à la FARULM, de se présenter aux postes à pourvoir lors de l’AG du 11 avril dernier. P.-E. Leclerc s’est ainsi porté candidat mais n’a pas été élu. Auparavant, dans une logique « d’apaisement et de rassemblement »,
il était proposé à son assemblée générale une résolution visant à engager un processus de dissolution de la FARULM par l’organisation d’une assemblée générale extraordinaire.
Il faudrait encore citer, parmi les sujets suscitant des inquiétudes, dont les effets se reportent sur la fédération, les menaces sur la pratique de l’ULM en montagne et la réforme prévue courant 2026 des instructeurs ULM, assurément un autre point d’achoppement.
Pour la montagne, il s’agit d’une modification d’articles du Code de l’Environnement, interdisant les atterrissages dits de loisirs, sans embarquement ni débarquement de passagers, en zone Montagne en dehors des aérodromes. Pour les vols seul à bord, la rédaction ambiguë pourrait entraîner la limitation des décollages-atterrissages aux plates-formes permanentes, aérodromes, altiports et altisurfaces et non pas les plates-formes occasionnelles alors que l’arrêté de mars 1986 autorise les ULM à cette pratique. Une lecture restrictive par les préfectures entraîne ainsi la fermeture de sites et l’arrêt de l’activité, avec des risques de poursuites au tribunal.
Pour les IULM, la réforme risque aussi de faire grincer des dents. Le travail a été engagé depuis 2024 entre DGAC et FFPLUM via un groupe de travail commun pour étudier les évolutions nécessaires. Pour obtenir une plus grande cohérence, une refonte du cursus de formation des IULM est prévue pour les 6 classes, avec une évaluation initiale du candidat afin de définir un programme individualisé. Comme pour l’avion ou le planeur, les responsabilités au sein des organismes de formation devront être clarifiées avec la notion de dirigeant responsable (DR) en charge de la gestion administrative de la structure mais également un responsable pédagogique (RP) devant être formateur d’instructeur (ce n’est pas le cas pour l’avion et le planeur…) mais pas forcément examinateur.
Une modification à souligner est surtout la fin du statut d’instructeur stagiaire. Jusqu’à ce jour, un instructeur stagiaire, donc en cours de formation, peut voler seul avec un « vrai » élève, l’instructeur d’instructeur restant au sol, limitation des ULM à la capacité biplace oblige.
Ainsi, sans le moindre titre d’instructeur, n’ayant pas achevé sa formation, il instruit déjà… une situation qui aurait dû poser question, ne serait-ce qu’en matière de responsabilité, mais qui a perduré pendant des années ! Avec la réforme prévue en 2026, l’instructeur stagiaire ne volera qu’avec son formateur jusqu’à l’évaluation finale devant être réussie. Il sera alors qualifié instructeur restreint et apte à enseigner mais sans pouvoir délivrer une qualification de pilote ni d’emport de passager ou d’usage de la radio avant une période d’au moins 12 mois. Tout ceci, validé par l’expérience et le bon sens sur des décennies, est déjà pratiqué dans le « monde certifié » mais, contrairement à ce dernier, l’IULM restreint pourra cependant effectuer les lâchers solos de ses élèves.
Côté prorogation des IULM, peu de changement avec un stage d’actualisation des connaissances et une évaluation en vol dans les 12 derniers mois de validité de la qualification IULM. Si l’IULM dispose de plusieurs classes, une rotation des classes devra être effectuée d’une prorogation à l’autre. Le statut d’examinateur (EIULM) reposera sur une qualification valable 3 ans avec un stage de standardisation initial et un stage d’une journée pour prorogation, avec un contenu différent de celui des prorogations IULM.
Avec une pression réglementaire qui s’accroît depuis quelques années, le milieu ulmiste – via une fédération incontournable dans les faits mais dont les orientations stratégiques peuvent être modifiées pour mieux répondre aux attentes des pratiquants – devra rapidement relever ces défis… ♦♦♦