
Carnets d’un pilote du Squadron 609 lors de la bataille d’Angleterre.
Au départ, il s’agissait d’un carnet intime pour y consigner les émotions du moment, à destination de sa famille. Mais des collègues lui ont conseillé de l’éditer, ce qui sera fait en 1941-1942. En 180 pages, David Moore Crook raconte son parcours de pilote de chasse dans
la Royal Air Force, centré sur la Bataille d’Angleterre. Ce témoignage est inédit en langue française.
Dans le premier chapitre (août 1939-juillet 1940), il retrace rapidement sa formation après son entrée dans la RAF en 1938 comme élève-pilote. C’est notamment la formation sur Harvard
(T-6), de jour et de nuit, voltige et vrilles comprises. Ce n’est qu’en 1940 qu’il atteint le cockpit d’un tout nouveau Spitfire Mk1 aux commandes duquel il obtient sa première victoire contre un Ju-87 Stuka. Il fait partie du Squadron 609 (West Riding), au sein de la Royal Auxiliary Air Force, destinée à épauler les unités opérationnelles.

Les débuts sont difficiles pour la RAF, avec souvent une forte infériorité numérique face aux Bf-109 aux nez jaunes et aux Me-110 assurant la protection des bombardiers de la Luftwaffe.
Il n’est pas rare de voir 3 Spitfire affronter 10 à 20 chasseurs ennemis, le tout entraînant de nombreuses pertes côté anglais. D. Crook devient rapidement l’un des survivants de sa promotion. Les tactiques vont évoluer, avec l’importance stratégique de l’altitude pour fondre, soleil dans le dos, sur les formations allemandes.
Le deuxième chapitre (août-septembre 1940) le voit affronter la Luftwaffe. Les attaques se font souvent en piqué, depuis 20 ou 25.000 ft vers les basses couches, à vitesse très élevée (jusqu’à 900 km/h…) et des problèmes d’oreille peuvent alors affecter les pilotes. Mais parfois, le Sqr 609, localisé loin de Londres, est appelé à la rescousse pour assurer l’altitude moyenne, celle des bombardiers ennemis tandis que les unités ayant décollé près de Londres ont gagné la haute altitude pour affronter les chasseurs allemands de protection.
Les combats tournoyants (dogfights) s’enchaînent souvent dans le chaos, où il ne faut surtout par voler longtemps en ligne droite. Le risque peut provenir rapidement d’une rafale dans ses « six heures » mais aussi d’une collision. David Crook raconte aussi l’attaque d’une formation de Junkers Ju-88 déjà prise à partie par un Blenheim bien téméraire qu’il prend pour un Ju-88, à la silhouette très similaire, et l’abat, équipage heureusement indemne…
C’est aussi la découverte de la vie à Londres au temps du Blitz et le portrait de multiples pilotes – simplement évoqués par leurs prénoms ou une initiale – ayant composé le Sqr 609 dont trois pilotes américains engagés dans la RAF, des pilotes belges ou de nombreux Polonais ayant déjà connu le combat aérien au-dessus de la Pologne puis de la France, à bord de Morane jugés obsolètes et sans possibilité de piloter des Curtiss H-75, bien heureux de bénéficier de Spitfire plus maniables que les Bf-109.
Le troisième chapitre (octobre-novembre 1940) voit l’intensité des combats diminuer progressivement et l’arrivée par le courrier de la Distinguished Flying Cross (DFC) pour notre pilote de Spitfire. Le Sqr 609 totalise courant octobre 99 victoires confirmées (hors appareils endommagés ou probablement détruits) mais il faudra attendre plus de deux semaines pour atteindre le score de 100 le 21 octobre – une première pour un escadron de la RAF.
Au passage, on découvre l’anecdote de l’équipage d’un Dornier, perdu suite à des orages et un compas perturbé, finissant par évacuer l’appareil en parachute tout en se croyant au-dessus de la France pour finalement devenir prisonniers de guerre une fois au sol, le bimoteur, sous pilote automatique, réussissant à se poser sans dommages dans des vasières, à 200 km de là…
En novembre, après deux ans et demi passés au 609, David Crook est appelé à devenir instructeur, s’offrant une séance de voltige pour son dernier vol en Spitfire à l’issue d’une mission. En avril 1944, à l’âge de 30 ans, il rejoindra une unité d’entraînement avancé, spécifique à la reconnaissance photo à haute altitude, étant prévu pour prendre le commandement d’une unité opérationnelle en janvier 1945. Mais le 18 décembre 1944, son avion sombrera en mer du Nord, son corps ne sera jamais retrouvé. La cause possible de l’accident serait un problème d’alimentation en oxygène.
Au final, le témoignage sobre d’un pilote de la RAF lors du « tournant » de la Seconde Guerre mondiale en Europe, l’un des « Few » salués par Winston Churchill pour leur engagement durant ce long été de 1940. ♦♦♦
– Pilote de Spitfire, par David Crook. Éditions Blueman. 198 p. dont un cahier photo de 16 pages. 17,00 €
