
Record d’altitude en SA-315B Lama.
Petite série estivale proposée aux lecteurs d’aeroVFR, la présentation de quelques vols mémorables qui ont marqué ou orienté la carrière de pilotes.
Sorti de Polytechnique puis de SupAéro, Jean Boulet (1920-2011) rejoint en 1944 les Etats-Unis pour devenir pilote de chasse. Il quitte l’armée de l’Air en 1947 pour rejoindre la Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Est (SNCASE) comme ingénieur-pilote. Jacques Lecarme, directeur des essais en vol du constructeur, lui demande de s’occuper des essais des hélicoptères – ce qu’il fera jusqu’en 1975. Il repart donc aux Etats-Unis se former aux voilures tournantes – son premier vol sur Sikorsky S-51 se termine par un accident suite à une erreur de l’instructeur. Indemne, il rejoint l’école de Bell Aircraft et revient en février 1948 avec le brevet de pilote d’hélicoptère.
Si l’on oublie quelques vols de réception de chasseurs à réaction Mistral – lui permettant
de devenir le premier pilote français à utiliser un siège éjectable à la suite d’une vrille incontrôlable – il suivra alors le développement et les essais en vol de tous les hélicoptères sortant des chaînes d’assemblage de Marignane, des Alouette II et III au Lama en passant par les Super Frelon, Puma et Gazelle et sans oublier le monoplace probatoire, le SE-3101 tout juste pilotable. Sa carrière sera marquée par 17 records internationaux de vitesse ou d’altitude sur différentes machines. Par la suite, il écrira « Histoire de l’hélicoptère (1907-1958) racontée par ses pionniers », ouvrage paru chez France Empire, en 1982.
Le plus mémorable des records est sans doute celui décroché le 21 juin 1972 aux commandes du SA-315B Lama, le 001, construit par l’Aérospatiale, nouvelle désignation du constructeur depuis 1970 après SNCASE et Sud-Aviation. Il a fait décoller ce prototype – une cellule d’Alouette II renforcée et remotorisée par une turbine Turboméca Artouste de 870 ch avec le rotor de l’Alouette III – le 17 mars 1969. Avec Gérard Boutin, il a déjà atteint 10.656 m d’altitude le 19 juin 1972 dans la classe E1c.


Le 001 utilisé pour le record d’altitude. Par la suite, remis au standard, l’appareil servira dans le milieu civil avant d’être détruit lors d’un accident.
Pour le record d’altitude, l’appareil a été allégé au maximum pour améliorer les performances. Le siège copilote et la banquette pour les passagers ont été déposés. La porte gauche a été remplacée par un panneau opaque en contreplaqué moins lourd que le Plexiglas. Sur le tableau de bord, le strict minimum a été conservé pour assurer le vol. Le réservoir standard
a été remplacé par un réservoir de plus faible volume. La puissance de la turbine a été légèrement augmentée. Après démarrage, la batterie a été déposée !

A gauche, Jean Boulet lors de la préparation du record. A droite, le jour du record, masque à oxygène sur le nez…
Seul à bord ce 21 juin 1972, Jean Boulet va emmener le 001 jusqu’à 12.442 m d’altitude en 20 minutes, montant à travers un trou de nuage pour décrocher le record absolu d’altitude pour un hélicoptère en catégorie E1b. Au sommet de la trajectoire, la vitesse horizontale a dû être réduite à 30 Kt pour éviter que la pale avançante n’atteigne le Mach critique alors que la pale reculante s’approche du décrochage.
N’ayant plus de taux de montée, la puissance a alors été réduite, le pas collectif diminué. Lors de la descente, la turbine va s’éteindre n’étant pas adaptée aux faibles températures (-62°C). Sans batterie ni démarreur pour la relancer, le pilote d’essais va passer alors en autorotation, devant traverser des couches de nuages avec peu de visibilité extérieure (pare-brise givré…),
Jean Boulet se basant sur le halo solaire pour parcourir verticalement 4.000 m dans la couche relativement claire. Persuadé d’avoir du beau temps dans le sud-est de la France, il avait fait déposer l’horizont artificiel.

Le Lama 001 en fin d’autorotation peu avant l’atterrissage lors du record…
Cette autorotation va durer environ 25 mn, un autre record dans ce domaine mais non homologué… Le vol a duré 45 mn. L’atterrissage ne se fera pas exactement sur le lieu de décollage mais suffisamment près pour que le record FAI soit homologué. Ce record se maintiendra pendant plus de deux décennies. ♦♦♦
Photos © Aerospatiale/Airbus Helicopters
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