
Pionnier de la voltige aérienne
Petite série estivale proposée aux lecteurs d’aeroVFR, la présentation de quelques vols mémorables qui ont marqué ou orienté la carrière de pilotes.
Célestin Adolphe Pégoud (1889-1915) est né dans une famille d’agriculteurs mais il rêve d’aventure et à 14 ans, il tente sa chance à Paris. À 18 ans, il s’engage dans l’armée comme cavalier puis artilleur. C’est via un supérieur attiré par l’aviation qu’il effectue un baptême de l’air en octobre 1911, depuis le camp de Satory, près de Versailles, là où Clément Ader a tenté de faire décoller son Avion III.
Ce premier vol va le marquer, c’est une révélation et il entreprend une formation de pilote au sein de l’Aéronautique militaire, étant breveté en mars 1913 après une semaine de formation sur Farman. Le pilotage opérationnel étant réservé aux officiers, il passe le brevet de pilote civil et une semaine plus tard, il est embauché comme pilote d’essais par Louis Blériot. Ce dernier multiplie les prototypes et inventions. Ainsi, Pégoud va participer au concept de « l’aéroplane à trolley », une solution technique devant permettre à un avion de venir s’arrimer sur un câble de 80 m de long tendu le long d’un navire militaire. Il a réalisé ainsi les premiers accrochages et décrochages avec un Blériot XI équipé d’un « crochet » en V au-dessus de la cellule. Malgré l’objectif visé atteint, même par fort vent, le concept restera au stade du projet.

En août 1913, il fait partie des premiers pilotes à sauter en parachute. Décollant de Châteaufort, non loin de l’actuel aérodrome de Toussus-le-Noble, il grimpe en altitude avant d’abandonner son modèle XI. Il expérimente un système de parachute fixé le long du fuselage et conçu par Frédéric Bonnet. Pendant que Pégoud descend sous voile, il observe son appareil effectuer diverses évolutions avant de s’écraser. Il est alors convaincu que ce qu’un Blériot XI peut faire sans pilote, il est possible de faire de même en étant aux commandes. Avec une cellule placée au sol en vol inversé sur des tréteaux, il va s’accoutumer à cette position du vol dos.

Le 1er septembre 1913, à partir du terrain de Port-Aviation, sur la commune de Juvisy-sur-Orge, et devant Louis Blériot qui a accepté de sacrifier un appareil, il effectue le premier vol « tête en bas » de l’histoire. Le « patron » lui a demandé de faire cela discrètement, devant peu de public, au cas où cela se terminerait mal. L’objectif de Pégoud est de pouvoir maîtriser l’appareil dans toutes les positions, par souci de sécurité, afin de permettre aux pilotes de redresser l’appareil en cas de position inusuelle.
Il renouvelle l’expérience le lendemain au-dessus du terrain du constructeur, à Buc, parcourant ainsi plusieurs centaines de mètres en vol dos devant des observateurs civils et militaires. Le 21 septembre, il enchaîne des manoeuvres acrobatiques – faute de vocabulaire approprié, il parle de glissade sur l’air ou sur la queue, de retournement de l’appareil, de descente en tire-bouchon… – et il achève son programme par le premier looping (« boucler la boucle ») effectué en France – il a été devancé une dizaine de jours auparavant par le Russe Piotr Nesterov sur un Nieuport. Ce dernier sera sanctionné par ses supérieurs. Pégoud, adulé, devient de son côté la vedette des meetings à travers l’Europe, étant connu de toute la population.

Célestin Adolphe Pégoud a ainsi ouvert la porte menant à la pratique de la voltige, avec des figures maîtrisées et non pas subies. Devant partir aux Etats-Unis pour des démonstrations en vol, ce projet doit être abandonné car il vient de recevoir l’ordre de mobilisation suite au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Versé dans la « chasse », il devient le premier as de la guerre 1914-1918 avec 5 puis 6 victoires mais le 31 août 1915, il trouve la mort, abattu en vol non loin de Belfort. ♦♦♦
Photos © DR, Bibliothèque nationale de France (Agence de presse Meurisse), carte postale
de 1913
Prochain épisode, vendredi prochain…