
Évasion en Focke-Wulf FW-190…
Petite série estivale proposée aux lecteurs d’aeroVFR, la présentation de quelques vols mémorables qui ont marqué ou orienté la carrière de pilotes.
Tout le monde a sans doute entendu parler ou vu sur Youtube les démonstrations en vol de Robert « Bob » Hoover (1922-2016). On sait moins qu’il effectua son premier vol solo à 16 ans, qu’il est devenu pilote de chasse puis d’essais. Il sera ainsi la doublure de Chuck Yeager lors des vols menés avec le Bell X-1 et destinés à passer le mur du son en 1947. Devenu pilote d’essais pour North American qui deviendra par la suite Rockwell, il effectuera notamment des démonstrations en vol sur des bases américaines pour montrer aux pilotes militaires ce que l’on peut tirer d’un F-86 Sabre ou d’un F-100 SuperSabre.


Lors de salons aéronautiques, sa présentation en voltige du bimoteur Shrike Commander deviendra un grand classique du genre, s’achevant moteurs coupés avant de rouler au parking sans remettre en route. Son Shrike Commander est désormais conservé par le Smithsonian Institute au sein de l’Udvar-Hazy Center à Dulles, VA. Sur son P-51D Mustang de couleur jaune vif, il ouvrira à de nombreuses reprises les courses aériennes de Reno dans la catégorie Unlimited, dégageant vers le haut pour libérer les pur-sang d’un simple « Gentlemen, you have a race… ».

Pouvant être facétieux, alors qu’il est pilote d’essais, il prend anonymement des cours de pilotage sur Cessna 150. Le jour du lâcher, il a convié ses collègues et dès le décollage, c’est un festival d’évolutions à rendre cardiaque son instructeur qui vient de le lâcher pour un « premier solo » sous les rires de ses collègues des essais en vol.
On sait moins qu’il fût auparavant pilote de chasse et notamment pilote de Spitfire durant la Seconde Guerre mondiale, basé en Grande-Bretagne. Lors d’une mission, il est touché par des FW-190, évacuant sa machine en passant sur le dos pour finir sous parachute dans l’eau et être récupéré par une vedette allemande. Ce sera alors 16 longs mois passés dans un camp de prisonniers dans le nord de l’Allemagne mais, non résigné, il fait plusieurs tentatives d’évasion avant d’être repris.
La dernière sera la bonne, s’évadant avec une poignée de comparses après une bagarre fomentée volontairement par des prisonniers pour détourner l’attention des gardes. Avec un autre évadé, ils vont marcher avant d’oser quémander de la nourriture à une ferme contre un papier signé de leur part pour confirmer l’aide apportée à leur évasion et assurer ainsi une protection à l’arrivée des Alliés. On leur donnera même un pistolet et des munitions.
Ayant volé des vélos, ils passent à proximité d’un aérodrome allemand quasi-abandonné, avec quelques avions au sol, dans leurs alvéoles de protection. Des mécaniciens circulent mais l’activité reste faible car la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin et c’est déjà la déroute de la Luftwaffe. En Grande-Bretagne, Bob Hoover a déjà discuté du pilotage des chasseurs allemands avec un pilote d’essais américain venu de la base de Wright Field pour évaluer tous les avions allemands capturés, dont le FW-190. Mais 8 mois plus tard, il ne se souvient plus des détails.
Devant le cockpit annoté en allemand, il lui est difficile de s’y retrouver. Sous la menace du pistolet, le duo va donc « intercepter » un mécanicien en lui demandant de mettre en route le moteur Jumo 213, en s’exprimant en anglais puis en français pour être compris. L’appareil est criblé de balles mais bénéficie du plein d’essence. Sans parachute, sans coussin, Bob Hoover se trouve très bas dans le cockpit. Mais après démarrage du moteur et essai de puissance, ce sera un décollage sans quasiment aucun roulage pour éviter d’être intercepté au sol.

Une couche nuageuse vers 4.000 ft va lui permettre de voler au ras des nuages pour ne pas se faire repérer ni par la Luftwaffe ni par les chasseurs alliés. Il a pris un cap Nord vers les Pays-Bas, pays qu’il peut confirmer survoler plus tard par la présence de moulins à vent. Sans terrain sous ses ailes, carburant arrivant en limite basse, il se pose train sorti dans un champ. Au sol, il découvre devant lui un fossé non identifié auparavant. Ce sera donc un cheval de bois pour finir sur le ventre après un fort dérapage.
Le comité d’accueil est rapidement composé de paysans hollandais arrivant avec des fourches en main de toutes les directions. Heureusement, un convoi anglais passe à proximité, lui permettant de confirmer qu’il est bien un pilote américain de 23 ans venant d’atterrir aux commandes d’un chasseur… allemand. Des années plus tard, il admettra que cette évasion était « la décision la plus stupide qu’il ait jamais faite », car la guerre allait s’achever une quinzaine de jours plus tard et Ike Eisenhower avait déjà fait passer le message aux pilotes d’être patients en cas d’emprisonnement, avant d’être rapidement libérés, plutôt que de prendre des risques… ♦♦♦
Photos © North American, Rockwell, Boeing, DR et Smithsoninan Institute
Prochain épisode, vendredi prochain…
NB : Pour la précision du pilotage, notamment en tonneau barriqué tout en se servant un thé, on ne se lasse pas de cette vidéo…