
L’histoire des premiers avions de ligne monoplans en France.
Le sujet de cet ouvrage est « pointu ». C’est le fruit du travail de Rob Mulder, un auteur et éditeur d’ouvrages historiques sortant des sentiers battus. D’origine hollandaise, habitant en Norvège, la langue anglaise s’est imposée pour augmenter le lectorat (de niche) à viser. Qui d’autres écrirait des monographies sur l’élégant De Havilland DH-91 Albatross, le De Havilland DH-86 Express ou encore l’Avro Tudor tout en éditant des ouvrages sur la conception et l’évolution des Curtiss P-36/H-75 Hawk, le Fairey Fox ou tous les appareils militaires exportés en Amérique latine entre 1930 et 1939 ?
S’intéressant aux débuts du transport aérien, Rob Mulder a lancé une série baptisée « The Few » destinée à présenter les avions de ligne produits et utilisés en nombre limités, souvent pour le compte d’une seule ou d’une poignée de compagnies, avec des marchés de niche. D’où des ouvrages sur le Fokker F.XX (le plus rapide des Fokker trimoteur), les Lockheed Orion exploités par Swissair ou encore le Messerschmitt M18 utilisé par deux compagnies allemandes précédant la Deutsche Luft Hansa.
Pour cette collection « The Few », Rob Mulder vient de publier un ouvrage sur la série Jabiru chez Farman. Le prototype du F.121 Jabiru a pris son envol en septembre 1923, remportant le même mois le Grand Prix des avions de transport ! Il s’agit d’un quadrimoteur (4 x 180 ch) à raison de deux moteurs latéraux montés en push-pull sur des moignons de voilures. L’appareil entre en service au sein de la Société générale de transports aériens (SGTA), alias les Lignes Farman desservant Bruxelles, Amsterdam, Cologne et Berlin.

Le F.170 Jabiru, un monomoteur très ventru (ci-dessus), rejoint également la flotte de la compagnie avant que les F.190 et F.300 ne prennent la suite, montrant au passage l’évolution rapide de la technologie au milieu des années 1920 en matière de conception aéronautique. Entre-temps, l’étrange trimoteur F.120T Jabiru a vu le jour (ci-dessous), assurant la ligne vers
la Suisse, la République tchèque, l’Autriche, les Balkans et la Pologne. Le Danemark passera commande de quatre F.121 Jabiru qui seront rapidement remplacés par des Fokker F.VIIa jugés plus économiques. Après leur retrait, la cabine d’un Jabiru danois sera transformée en salle
de restaurant…

Ainsi, l’ouvrage retrace l’historique des Jabiru, la tentative du constructeur Farman pour s’implanter dans le domaine du transport civil après avoir été pionnier en la matière avec
le premier vol commecial réalisé en février 1919 entre Paris (Toussus-le-Noble) et Londres (Croydon) avec Lucien Bossoutrot aux commandes d’un F-60 Goliath, un « bombardier civilisé ». Le premier chapitre propose un descriptif technique de ces nouveaux appareils
de transport, l’évolution des appareils Farman et des architectures passant du biplan au monoplan.
L’esthétique ne fait assurément pas partie du cahier des charges du bureau d’études pas plus que la traînée aérodynamique n’est vraiment prise en compte si l’on note les haubans et les renforts de train. Si les passagers bénéficient d’une cabine de « bus » avec des sièges en osier et une vue panoramique, le pilote, placé au-dessus de l’aile, est en cockpit torpédo, ayant besoin de « sentir l’air » selon les croyances encore issues de la Première Guerre mondiale.
Le second chapitre (80 pages) traite de l’exploitation des Jabiru en France, le troisième
(90 pages) évoquant l’usage au Danemark. On découvre le défrichage progressif des lignes du réseau avec le soutien de l’État, les premiers vols de nuit, les incidents et accidents en exploitation, les récits de passagers, les conseils pratiques donnés à ces derniers pour leur expliquer le déroulé du vol… Le tout est abondamment illustré de photos d’époque (plus de 300 dont certaines en pleine page), l’ouvrage étant au format 21×30 cm avec couverture rigide.
En fin d’ouvrage, on trouve une liste de production (18 appareils), de superbes écorchés
(F.121 et F.170) et profils en couleurs complétés d’affiches et publicités de l’époque mettant en avant les Farman, les sources et une imposante bibliographie sans oublier deux pages sur une maquette radiocommandée d’un F.121 et un index – rien à dire, c’est très complet. Au final, l’unique ouvrage sur cette série de Farman, sortie des tiroirs de l’histoire aéronautique et qui méritait assurément cette mise en lumière. Chapeau ! ♦♦♦
– Farman Jabiru, The First French Monoplane Airliner, par Rob Mulder. Texte en anglais. Editions European Airlines. Via l’éditeur ou disponible chez Lela Presse. 280 pages.
